L'interview d'Eric Brossier: capitaine, scientifique et père
Par Matthieu le jeudi 25 septembre 2008, 10:46 - Les invités du festival - Lien permanent

Eric Brossier, le capitaine de Vagabond, a accepté de répondre à quelques questions depuis le Spitzberg. Avec sa compagne France Pinczon du Sel et leur fille Léonie ils viendront présenter en avant-première ''Premier pas sur la banquise''. Un film de Hugues de Rosière à découvrir à 21h00 le 17 octobre à l'auditorium de Dijon.
1/ En quelques mots, qu'est-ce que c'est le projet Vagabond ?
Vagabond est un voilier d'expédition conçu pour naviguer dans les glaces. Depuis 2000, il est un support logistique, un camp de base itinérant pour scientifiques, sportifs ou artistes passionnés par les régions polaires.
2/ Avec France cela fait 8 ans que vous évoluez dans l'Arctique. De 2000 à 2004 vous y avez mené différentes expéditions avec Vagabond. Quels étaient les objectifs de ces expéditions ?
Expéditions géologiques au Groenland Est en 2000 et 2001. Tour de l'Arctique (passages du Nord-Est et du Nord-Ouest) entre mai 2002 et octobre 2003 . Ce fût une parenthèse dans nos missions scientifiques. Missions océanographiques depuis l'été 2004, au fil de 5 hivernages (début du 5ème la semaine prochaine !). Expéditions géologique et ornithologique au Groenland Est en 2005. Expédition biologique au Nord Spitsberg en 2008 (étude de sources d'eau chaude).
Qu'en avez-vous retiré ?
Beaucoup de rencontres passionnantes, au sein des équipes accueillies à bord, et parmi les habitants des régions fréquentées. Sans oublier une nature magnifique.
3/ Que l'on vienne ponctuellement découvrir et étudier l'Arctique, cela se comprend aisément, mais qu'est-ce qui vous a poussé à y élire domicile de manière permanente ? Dans votre attrait pour l'Arctique il y a-t-il une fuite de la "civilisation", une recherche d'une manière de vivre ?

Nous sommes prestataires logistiques et guides sur le terrain, pour scientifiques, cinéastes, journalistes, sportifs... Notre choix de vie nous permet de bien connaître notre environnement, d'y vivre en harmonie, en famille, tout en restant en contact étroit avec ceux que nous accueillons, pour qui nous travaillons. Le plaisir de ne pas être de passage, de vivre une grande liberté dans des lieux fascinants, sans trop nous éloigner de notre culture et de nos racines.
4/ On imagine la vie sur la banquise comme assez dure. Pendant vos quatre hivernages, quelles sont les plus grosses difficultés auxquelles vous avez eu à faire face ? Le froid, la solitude... ?
Le froid est un ami, lorsqu'on a appris à vivre ensemble. La solitude serait d'être en ville sans amis. Nous sommes très entourés, certes isolés géographiquement. Mais nous ne sommes pas seuls très longtemps, tout au plus 2 ou 3 mois,; des équipes nous rendent visite de temps en temps. Le plus dur est de concilier vie de famille et travail, préserver l'intimité et assurer nos missions.
5/ Léonie va bientôt avoir 2 ans. Tous les trois vous formez aujourd'hui une famille quelque peu atypique. Pouvez-vous en trois mots nous brosser le quotidien d'une famille sur la banquise ?
Bien au chaud si la météo est capricieuse, dehors s'il fait beau. Pas de courses à faire, mais il faut aller chercher de la glace que l'on fait fondre pour avoir de l'eau. Pas de voiture ou de métro pour aller travailler, mais des skis ou une motoneige. Pas de vaches par la fenêtre mais des ours...
6/ Aux Écrans de l'Aventure le film, Premiers pas sur la banquise de Hugues de Rosière, racontera votre vie au Spitzberg. Vous y présentez également une exposition photo et aquarelle. Par ailleurs vous allez recevoir le prix de l'Académie de marine pour votre livre Circumpolaris. Pourquoi cette volonté de témoigner de votre expérience ?
Parce que nous estimons avoir la chance de vivre quelque chose d'unique, même si cela demande efforts et concessions. Pour encourager les projets les plus ambitieux. Chacun rêve parfois d'un voyage, d'une expérience, d'une autre vie... mais notre société dissuade facilement les initiatives originales.
7/ Quels sont vos projets pour les prochaines années ? Allez-vous continuer à travailler sur le programme Damoclés ? Comptez-vous rester au Spiztberg ?
Nous quitterons le Spitsberg en juillet 2009, Damocles sera alors terminé. Nous embarquerons quelques temps sur le Manguier , puis conduirons Vagabond en France pour quelques travaux de maintenance... avant de repartir vers l'Arctique pour l'été 2010. Canada, Alaska, Russie, Groenland ? Les missions scientifiques décideront de notre future destination !
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