3/ Que l'on vienne ponctuellement découvrir et étudier l'Arctique, cela se comprend aisément, mais qu'est-ce qui vous a poussé à y élire domicile de manière permanente ? Dans votre attrait pour l'Arctique il y a-t-il une fuite de la "civilisation", une recherche d'une manière de vivre ? Erci Brossier et Léonie à bord de Vagabond © Eric Brossier – Vagabond

Nous sommes prestataires logistiques et guides sur le terrain, pour scientifiques, cinéastes, journalistes, sportifs... Notre choix de vie nous permet de bien connaître notre environnement, d'y vivre en harmonie, en famille, tout en restant en contact étroit avec ceux que nous accueillons, pour qui nous travaillons. Le plaisir de ne pas être de passage, de vivre une grande liberté dans des lieux fascinants, sans trop nous éloigner de notre culture et de nos racines.

4/ On imagine la vie sur la banquise comme assez dure. Pendant vos quatre hivernages, quelles sont les plus grosses difficultés auxquelles vous avez eu à faire face ? Le froid, la solitude... ?

Le froid est un ami, lorsqu'on a appris à vivre ensemble. La solitude serait d'être en ville sans amis. Nous sommes très entourés, certes isolés géographiquement. Mais nous ne sommes pas seuls très longtemps, tout au plus 2 ou 3 mois,; des équipes nous rendent visite de temps en temps. Le plus dur est de concilier vie de famille et travail, préserver l'intimité et assurer nos missions.

France Pinczon du Sel5/ Léonie va bientôt avoir 2 ans. Tous les trois vous formez aujourd'hui une famille quelque peu atypique. Pouvez-vous en trois mots nous brosser le quotidien d'une famille sur la banquise ?

Bien au chaud si la météo est capricieuse, dehors s'il fait beau. Pas de courses à faire, mais il faut aller chercher de la glace que l'on fait fondre pour avoir de l'eau. Pas de voiture ou de métro pour aller travailler, mais des skis ou une motoneige. Pas de vaches par la fenêtre mais des ours...

6/ Aux Écrans de l'Aventure le film, Premiers pas sur la banquise de Hugues de Rosière, racontera votre vie au Spitzberg. Vous y présentez également une exposition photo et aquarelle. Par ailleurs vous allez recevoir le prix de l'Académie de marine pour votre livre Circumpolaris. Pourquoi cette volonté de témoigner de votre expérience ?

Parce que nous estimons avoir la chance de vivre quelque chose d'unique, même si cela demande efforts et concessions. Pour encourager les projets les plus ambitieux. Chacun rêve parfois d'un voyage, d'une expérience, d'une autre vie... mais notre société dissuade facilement les initiatives originales.

7/ Quels sont vos projets pour les prochaines années ? Allez-vous continuer à travailler sur le programme Damoclés ? Comptez-vous rester au Spiztberg ?

Nous quitterons le Spitsberg en juillet 2009, Damocles sera alors terminé. Nous embarquerons quelques temps sur le Manguier , puis conduirons Vagabond en France pour quelques travaux de maintenance... avant de repartir vers l'Arctique pour l'été 2010. Canada, Alaska, Russie, Groenland ? Les missions scientifiques décideront de notre future destination !