Le mystère des lemmings: l'interview !
Par Matthieu le mardi 23 septembre 2008, 18:08 - Les invités du festival - Lien permanent
En exclusivité nous avons recueillis les témoignages d'Olivier Gilg et Brigitte Sabard, les deux naturalistes du "Mystère des lemmings" 
Bonjour Olivier, bonjour Brigitte, vous êtes tous deux des naturalistes passionnés par les écosystèmes de l'Arctique et aux Écrans de l'Aventure vous présenterez en avant-première votre premier documentaire : Le mystère des lemmings.
D'abord dans quel cadre conduisez-vous vos expéditions ?
Olivier Gilg et Brigitte Sabard : Nous opérons dans le cadre du Groupe de Recherche en Écologie Arctique. Le GREA est une association de bénévoles, ce qui nous permet – à la différence des universitaires classiques - de mener des programmes de recherches sur de nombreuses années et en complète indépendance. Le GREA organise depuis 1973 des expéditions scientifiques dans l'Arctique, de l'organisation logistique à la mise en valeur des résultats.
Si vous deviez vous présenter en deux mots :
Brigitte Sabard : J'assure depuis 1990 la logistique, l’intendance des expéditions en lien avec Olivier. Naturaliste autodidacte, je l'assiste également dans ses protocoles scientifiques et je filme par ailleurs la faune et la flore de l'Arctique.
Olivier Gilg : Je suis directeur scientifique des missions Ecopolaris du Grea et poursuis mes recherches sur les lemmings avec l'université d'Helsinski. Je suis également chargé de mission scientifique pour les Réserves naturelles de France.
Pourquoi particulièrement étudier l'écosystème arctique ?
B. S. Parce qu'on aime l'Arctique ! C'est un écosystème complexe mais peu connu car peu suivi sur le long terme. Nos études sur 20 ans sont donc inédites, elles permettent de mieux comprendre ce milieu fragile. L'Arctique nous fascine et, pour un naturaliste, c'est un terrain d'observation idéal : l'été, il fait jour 24h/24, la vue ne rencontre pas d'obstacle et de multiples espèces viennent y nicher. De plus dans le parc national où nous opérons, la faune craint moins l'homme ; c'est juste un prédateur parmi d'autres, pas un chasseur.
C'est fascinant d'observer comment la vie se manifeste dans des conditions extrêmes ! D'un point de vue plus personnel, la vie en expédition, sous une simple tente pendant plusieurs semaines, est une aventure passionnante basée sur l'être, non plus sur l'avoir.
Vous présentez aux Écrans de l'aventure Le mystère des lemmings, quel est l'intérêt d’étudier les lemmings ?
B. S : Les lemmings sont la clé de voûte de tout un écosystème. Ils servent de base à toute la chaîne alimentaire. Lorsqu'ils diminuent nous observons moins de renards polaires ou de chouette Harfangs, etc. Sans eux la toundra est quasiment vide !
Vous étudiez sur plusieurs années les évolutions des populations de lemmings et signalez leur disparition régulière . Est-ce du, comme l'avait montré le film de Disney Le désert de l'Arctique (1958), à un suicide collectif ?
B. S. : Depuis des centaines d'années les hommes sont intrigués par les variations des populations de lemmings. Le documentaire de Disney n'a fait que populariser de vieilles sagas scandinaves attribuant les subites diminutions de lemmings à des suicides collectifs des rongeurs afin d'autoréguler leur population. De nombreux scientifiques se sont penchés sur la question apportant de multiples tentatives d'explications comme l’intoxication par des plantes devenues toxiques parce que surconsommées en phase de pics de lemmings par exemple. En fait les modèles établis par Olivier ont fait apparaître un rapport complexe entre les lemmings et leurs prédateurs qui créent des variations cycliques des lemmings. Olivier a, en plus de sa thèse, d’ailleurs publié ses travaux dans la prestigieuse revue Science. Mais depuis quelques années, à cause du réchauffement climatique ces cycles disparaissent, offrant un nouveau rebondissement à l’histoire des lemmings.
Aventure scientifique : ce documentaire présente la démarche scientifique sur le terrain. Il s'agit aussi d'une aventure humaine. Quelles difficultés avez-vous pu rencontrer pour mener vos études dans un milieu hostile ?
B. S : Nos expéditions ont lieu l'été quand les températures sont plus clémentes et la toundra plus animée. Mais l'Arctique reste une région difficile d'accès demandant une préparation très lourde tant dans l'organisation logistique que dans les démarches administratives pour obtenir les autorisations nécessaires à ces expéditions. Bref il faut penser à tout pour risquer le moins : sécurité, santé... d'autant plus que depuis sa naissance il y a 5 ans notre fils, Vladimir, nous accompagne chaque année.
Quelles sont vos prochaines missions ? Vous poursuivez vos études sur les lemmings ?
B. S: Avec le réchauffement climatique les espèces remontent vers le nord. Et nous savons que les cycles de lemmings sont encore d’actualité plus au nord, pour combien de temps encore… ? C’est ce que voulons savoir. En 2009 nous allons donc ouvrir une nouvelle zone d'étude plus au nord.
O. G : Nous avons également initié un nouveau programme d'étude sur la mouette ivoire, qui, comme l'ours blanc, est menacée par la fonte de la banquise qui détruit son habitat. Plus fragile que l'ours blanc, la mouette ivoire risque de disparaître rapidement. Le changement climatique est particulièrement rapide et violent en Arctique, les espèces n'ont pas le temps de s'y adapter.
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