C'est fascinant d'observer comment la vie se manifeste dans des conditions extrêmes ! D'un point de vue plus personnel, la vie en expédition, sous une simple tente pendant plusieurs semaines, est une aventure passionnante basée sur l'être, non plus sur l'avoir.

Vous présentez aux Écrans de l'aventure Le mystère des lemmings, quel est l'intérêt d’étudier les lemmings ?

B. S : Les lemmings sont la clé de voûte de tout un écosystème. Ils servent de base à toute la chaîne alimentaire. Lorsqu'ils diminuent nous observons moins de renards polaires ou de chouette Harfangs, etc. Sans eux la toundra est quasiment vide !

Vous étudiez sur plusieurs années les évolutions des populations de lemmings et signalez leur disparition régulière . Est-ce du, comme l'avait montré le film de Disney Le désert de l'Arctique (1958), à un suicide collectif ?Olivier Gilg

B. S. : Depuis des centaines d'années les hommes sont intrigués par les variations des populations de lemmings. Le documentaire de Disney n'a fait que populariser de vieilles sagas scandinaves attribuant les subites diminutions de lemmings à des suicides collectifs des rongeurs afin d'autoréguler leur population. De nombreux scientifiques se sont penchés sur la question apportant de multiples tentatives d'explications comme l’intoxication par des plantes devenues toxiques parce que surconsommées en phase de pics de lemmings par exemple. En fait les modèles établis par Olivier ont fait apparaître un rapport complexe entre les lemmings et leurs prédateurs qui créent des variations cycliques des lemmings. Olivier a, en plus de sa thèse, d’ailleurs publié ses travaux dans la prestigieuse revue Science. Mais depuis quelques années, à cause du réchauffement climatique ces cycles disparaissent, offrant un nouveau rebondissement à l’histoire des lemmings.

Aventure scientifique : ce documentaire présente la démarche scientifique sur le terrain. Il s'agit aussi d'une aventure humaine. Quelles difficultés avez-vous pu rencontrer pour mener vos études dans un milieu hostile ?

B. S : Nos expéditions ont lieu l'été quand les températures sont plus clémentes et la toundra plus animée. Mais l'Arctique reste une région difficile d'accès demandant une préparation très lourde tant dans l'organisation logistique que dans les démarches administratives pour obtenir les autorisations nécessaires à ces expéditions. Bref il faut penser à tout pour risquer le moins : sécurité, santé... d'autant plus que depuis sa naissance il y a 5 ans notre fils, Vladimir, nous accompagne chaque année.

Quelles sont vos prochaines missions ? Vous poursuivez vos études sur les lemmings ?

B. S: Avec le réchauffement climatique les espèces remontent vers le nord. Et nous savons que les cycles de lemmings sont encore d’actualité plus au nord, pour combien de temps encore… ? C’est ce que voulons savoir. En 2009 nous allons donc ouvrir une nouvelle zone d'étude plus au nord.

O. G : Nous avons également initié un nouveau programme d'étude sur la mouette ivoire, qui, comme l'ours blanc, est menacée par la fonte de la banquise qui détruit son habitat. Plus fragile que l'ours blanc, la mouette ivoire risque de disparaître rapidement. Le changement climatique est particulièrement rapide et violent en Arctique, les espèces n'ont pas le temps de s'y adapter.